Les pistes de l’UNIL pour aider le commerce lausannois à se réinventer

La démarche entreprise par la Fondation pour le commerce lausannois avec la Faculté des HEC de l’Université de Lausanne a permis à une dizaine de commerçants volontaires d’exposer dans le cadre d’un cours innovant la problématique qui freine leur développement. Il en est ressorti autant de solutions concrètes et abordables proposées par des étudiants qui se sont ainsi trouvés directement confrontés à la réalité économique.


Des étudiant(e)s de 3e année Bachelor à HEC Lausanne se sont attelés dans le cadre de la première édition du cours novateur « La Ville de Demain » à proposer des pistes concrètes pour des problématiques complexes exposées par des commerçants lausannois volontaires. Rendue possible grâce à la Fondation pour le commerce lausannois, cette contribution du monde académique au développement du tissu économique local sous la forme d’un coaching éclairé s’est révélée particulièrement fructueuse.

Les commerçants participants ont découvert fin mai en présence de plusieurs personnalités les solutions suggérées essentiellement afin de fidéliser leur clientèle. Avec le recul, certaines de ces solutions semblent tomber sous le sens, mais toutes résultent d’une analyse que les intéressés n’ont souvent pas la possibilité d’entreprendre sereinement par eux-mêmes, en raison d’un quotidien plombé par des perspectives économiques préoccupantes urgentes.

Les problématiques soumises dans ce cours étaient aussi diverses que peut l’être le commerce de détail. Ainsi en allait-il de ce magasin de vêtements pour hommes qui a pignon sur rue à Lausanne, et dont la renommée est internationale notamment en raison de la qualité de ses réalisations sur mesure. De fait, le business model de cette boutique repose en partie sur la qualité du travail de son tailleur. Cet artisan très demandé serait le seul encore en exercice dans le canton, or il est sur le point de prendre sa retraite. Il est surtout déconseillé à ce commerçant d’initier une école de tailleurs qui porterait atteinte à son avantage concurrentiel. La solution réside dans la transition entre l’actuel et le futur tailleur, le premier devant prendre le soin de présenter le second comme son digne successeur.

Place de la Palud, Lausanne.

Autre souci, celui de cette lunetterie soumise comme ses semblables à une rude concurrence. Il lui est suggéré pour se démarquer de peaufiner son accueil, en mettant notamment en valeur son personnel, difficile à distinguer des clients, par exemple en lui faisant porter une pièce de vêtement ou un badge. Et aussi de compléter son site en affichant quelques prix, montrant mieux l’étendue de ses produits et en offrant la possibilité de prendre des rendez-vous en ligne pour des examens de la vue.

Mentionnons aussi cette pharmacie au centre-ville, qui innove par une approche systémique et intégrative de la santé par régénération. Elle éprouve quelques difficultés en matière de sélection lors de la recherche de personnel, tant les compétences des gens embauchés sont parfois différentes des compétences recherchées. Il lui est conseillé de structurer ses entretiens d’embauche notamment par un questionnaire facilitant la comparaison, donc le choix, et surtout de procéder à deux personnes avec des rôles bien distincts, la première chargée d’évaluer les connaissances du candidat ou de la candidate, la seconde de se pencher sur ses intérêts et sa personnalité.

Enfin, à ce bijoutier lausannois qui cherche, s’agissant du commerce de montres, à maintenir son affaire face à la concurrence d’Internet, il est recommandé de mettre en avant le nom de sa boutique, davantage que les marques qu’on y trouve. Cela par exemple par des partenariats avec des garages de voitures de luxe.


Jean-Philippe Bonardi, doyen de la faculté des HEC Lausanne.

Ouverture sur l’économie réelle

« La Ville de Demain est le type de cours que je voudrais que l’on fasse plus, s’est réjoui Jean-Philippe Bonardi, doyen de la Faculté des HEC à l’UNIL. C’est un cours qui porte un certain nombre de valeurs que nous allons essayer de pousser au sein de l’école et au-delà. »
Ce cours proposé par Fabrice Leclerc, chargé de cours à HEC Lausanne, a séduit d’abord parce qu’il est innovant. On y trouve bien sûr les dimensions technologiques qui sont très importantes et permettront de faire beaucoup de choses dans le futur. « L’innovation dans ce cours n’est pas dans la technologie mais dans le format, avec une plateforme de nombreux intervenants, a poursuivi Jean-Philippe Bonardi. Avec pour sujet la Ville de Demain, nous donnons à tous les étudiants des idées, des techniques, des cadres d’analyse et de réflexion. Mais aussi nous sommes là pour faire réfléchir sur les problèmes d’aujourd’hui et ceux de demain. L’urbanisation est un phénomène important, dans le monde et ici aussi. Dans dix ans, elle ne sera probablement plus celle que l’on connaissait il y a peu de temps. »
L’innovation de ce cours réside aussi dans le grand écart qu’il permet de faire entre la réflexion à champ très large et son approche des choses à un niveau très concret, en allant sur le terrain, là où l’économie se fait. « Ce grand écart représente toute la difficulté du management, a souligné le doyen. Comment ramener les visions stratégiques en petites unités qui ont des impacts sur le terrain au jour le jour. C’est exactement le type de choses que HEC Lausanne doit faire le plus, car une école d’économie et de management doit être ouverte sur l’extérieur. »