Le Parc Périurbain du Jorat: face à deux visions de la forêt

Le projet de créer une réserve naturelle de 440 hectares dans la forêt du Jorat, soit 10 % de sa superficie, promet d’offrir, à proximité de l’agglomération lausannoise, la possibilité de découvrir un espace de nature sauvage.


Le projet de créer une réserve naturelle de 440 hectares dans la forêt du Jorat, soit 10 % de sa superficie, promet d’offrir, à proximité de l’agglomération lausannoise, la possibilité de découvrir un espace de nature sauvage. Portée par l’association de treize communes sous le label « Jorat, une terre à vivre au quotidien », l’entreprise est basée sur les critères fixés par la Confédération. Mais il y a encore loin de la coupe aux lèvres. Les partisans ont un an pour convaincre des groupes d’intérêts qui ne manquent pas d’arguments sur le fond comme sur la forme. Les organes délibérant des communes rurales et urbaines concernées se prononceront en 2019.

Le projet de Parc naturel périurbain du Jorat révèle l’attachement de toute une région pour une forêt qui constitue, avec une superficie de près de 40 km2, le plus grand massif forestier d’un seul tenant sur le Plateau suisse. On y recense quelque 20 % des espèces animales et végétales de Suisse. L’intention d’y constituer une réserve naturelle de 4,4 km2, accessible au public sous certaines conditions, relève de la volonté de conserver un patrimoine naturel à proximité de l’agglomération lausannoise. De fait, lieu de détente apprécié par 1,5 million de visiteurs par an, la forêt joratoise subit une pression toujours plus forte qui justifie qu’on en prenne tout particulièrement soin.

Le projet est porté par l’association de communes « Jorat, une terre à vivre au quotidien », créée en 2012, regroupant les communes de Corcelles-le-Jorat, Cugy, Épalinges, Froideville, Hermenches, Jorat-Menthue, Jorat-Mézières, Lausanne, Montilliez, Montpreveyres, Le Mont-sur-Lausanne, Ropraz et Servion. Les municipalités de ces treize communes, toutes propriétaires forestières dans le Jorat, ont confirmé leur engagement en 2014 d’évaluer durant quatre ans les opportunités et les risques d’un tel projet, d’en préciser les contours et la surface effective concernée.

Le projet, dont les contours sont désormais quasiment définis, a obtenu le label « candidat parc naturel urbain » par l’Office fédéral de l’environnement pour 2016-2019. Mais les contraintes liées à sa réalisation mobilisent contre lui des groupes d’intérêts qui ne laissent personne indifférent. La tension monte à un an de la soumission aux conseils communaux et généraux de la charte validant leur engagement et par là le projet lui-même. En cas de rejet par une ou plusieurs communes, il s’agira de choisir entre adapter ou abandonner. Cela dit, le parc permettrait aux communes engagées de participer aux objectifs de la politique forestière cantonale. Rappelons que celle-ci prévoit de placer en réserve 10 % des surfaces forestières vaudoises d’ici à 2030, dont la moitié sans intervention humaine, et de créer une grande réserve forestière sur le Plateau.

Nerf de la guerre, le financement du Parc naturel du Jorat est assuré, durant la phase de création, soit de 2016 à 2019, pour 50 % par la Confédération, 25 % par le Canton et autant par d’autres bailleurs de fonds. Qui paiera dans la phase de gestion, à partir de 2020 ? Des planifications quadriennales entre Confédération, Cantons et Communes y pourvoiront. Les montants provenant des communes, des sponsors, des partenaires ou les recettes d’exploitation devront représenter au moins 20 % du budget, le Canton assumera jusqu’à un tiers des frais, et la Confédération participera en fonction du nombre de parcs en Suisse au moment du dépôt de la demande et selon la qualité des projets soumis.

Les craintes des opposants

Le territoire concerné est en grande partie en mains publiques. La Ville de Lausanne et l’État de Vaud sont prêts à allouer 80 % des 440 hectares de la zone centrale du parc. Les entrepreneurs forestiers sont ceux qui se sentent le plus directement lésés. Ils estiment que cela les privera de 4000 à 5000 m3 d’un bois de qualité, qui plus est facile à exploiter dans cette forêt située en terrain plat.

Une association baptisée « Parque pas mon Jorat » réunit par ailleurs des utilisateurs très divers de la forêt concernée, marcheurs, cavaliers, cyclistes, skieurs de fond. Elle met en doute la faisabilité territoriale ici d’une réserve homogène, considérant que le projet de zone centrale présenté s’étend sur 5 kilomètres mais qu’il ne mesure que 200 mètres de large par endroits, et qu’il est en outre traversé sur sa plus grande longueur par des routes à fort trafic. L’association redoute enfin que la zone dite de transition ne devienne un Disney World des bois puisque destinée à regrouper toutes les activités actuellement possibles sur l’ensemble du territoire en question. Selon elle, ce serait carrément contre-productif en raison de la densification attendue des visiteurs.

Pour ou contre le projet, tout le monde s’accorde au moins sur un point essentiel : la défense de la forêt. Chacun des bords (www.jorat.org d’un côté et www.parquepasmonjorat.com de l’autre) se surpasse pour organiser des événements sur le terrain pour la faire apprécier.


UN PARC D’IMPORTANCE NATIONALE

Pour obtenir son label, et ainsi les subventions promises, le Parc périurbain du Jorat devra satisfaire aux conditions fixées par l’Ordonnance fédérale sur les parcs d’importance nationale. Pour l’heure, un seul parc de ce type existe en Suisse, le Wildnispark Zürich de la forêt Sihlwald, depuis 2010, avec ses rangers, flanqué d’un musée et d’un zoo.

L’Ordonnance stipule qu’un parc périurbain doit se situer dans un périmètre de 20 km au maximum d’une agglomération urbaine et à une altitude comparable et qu’il doit être facilement accessible par les transports publics.

Le parc doit être constitué de deux zones :

Une zone centrale d’au moins 4 km2 où la nature est livrée à elle-même hormis les interventions considérées comme urgentes. Il est ici notamment interdit de quitter les chemins balisés et d’amener des animaux, à l’exception des chiens tenus en laisse. Aucun véhicule motorisé ne peut y accéder, les vélos devant respecter des itinéraires signalés. Interdiction aussi de prélever des roches, des minéraux ou des fossiles, de cueillir des plantes et des champignons ou de capturer des animaux.

Une zone de transition pour garantir la fonction tampon par rapport à la zone centrale. Cette zone est destinée à diffuser des mesures appropriées pour assurer l’éducation à l’environnement des visiteurs. Toute exploitation agricole ou sylvicole est en principe bannie mais des aménagements de cette disposition pourraient intervenir. La récolte de roches, minerais et fossiles ainsi que la cueillette de plantes et de champignons et la capture d’animaux sont limités.