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Le futur Musée cantonal des Beaux-arts (MCB-A) n’est que le premier pas de Plateforme 10

À un an de son inauguration, le futur Musée des beaux-arts promet d’être grandiose. Tant par ses dimensions et sa silhouette que par la générosité et la qualité des espaces qu’il propose.


À un an de son inauguration, le futur Musée des beaux-arts promet d’être grandiose. Tant par ses dimensions et sa silhouette que par la générosité et la qualité des espaces qu’il propose. Il ne représente toutefois que la première étape de Plateforme 10, véritable quartier des arts sur cet ancien site des locomotives. La pose de la première pierre pour cette seconde étape, destinée notamment à accueillir le Musée de l’Elysée (musée cantonal de la photographie) et le Mudac (Musée de design et d’arts appliqués contemporains) a eu lieu en octobre dernier. C’est la concrétisation attendue d’un investissement global de près de 200 millions de francs financés en partenariat entre les pouvoirs publics et le privé pour doter Lausanne et le canton d’une infrastructure muséale à la mesure de l’attractivité de la région. Son histoire fut loin d’être un long fleuve tranquille.

Le futur Musée cantonal des beaux-arts (MCB-A) a été le théâtre à la fin de cet été d’un événement alliant audace et insolite. Dans le sous-sol de ce bâtiment encore en chantier ont été présentées pendant quelques jours des œuvres de Balthus elles aussi inachevées, sous le titre de « Balthus unfinished ». Dans une ambiance visuelle et sonore conçue par le célèbre metteur en scène américain Robert Wilson, les heureux visiteurs ont pu admirer une partie du fonds du fameux artiste établi à Rossinière, décédé en 2001. Histoire de se faire un avant-goût d’un lieu qui s’annonce exceptionnel.

Les premières visites guidées publiques du chantier du futur MCB-A ont attiré plus de 1500 personnes en juin dernier. Par petits groupes, les curieux ont pu découvrir l’intérieur aussi ingénieux que grandiose de ce bâtiment pour le moins massif lorsqu’on tente de le saisir d’un seul coup d’œil. Rappelons que ce parallélépipède qui trône à proximité immédiate des voies de chemin de fer de la gare de Lausanne mesure non moins de 145,5 mètres de long sur 21,65 mètres de large et 22,1 mètres de haut ; qu’il sera recouvert de plus de 700 000 briques censées en atténuer l’impression de masse écrasante et ne comporte que trois fenêtres côté trains ; qu’une cinquantaine d’entreprises sont impliquées dans cette réalisation. Doté d’un hall d’entrée de 17 mètres de haut à la manière d’une nef de cathédrale, il est l’œuvre des fameux architectes de Barcelone Fabrizio Barozzi et Alberto Veiga, auteurs entre autres du récent Musée des beaux-arts des Grisons à Coire dont le style similaire est fort apprécié.

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UNE HISTOIRE MOUVEMENTÉE

L’histoire de ce successeur nécessaire au magnifique mais obsolète Musée des beaux-arts à la Riponne a connu nombre de péripéties politiques, juridiques et judiciaires. De fait, ce nouveau musée n’aurait tout simplement pas dû se concrétiser en ce lieu si l’avis de la commission chargée de décider du site parmi plusieurs options avait été suivi. Ce « groupe cantonal d’évaluation » avait examiné onze sites après le refus des Lausannois de construire un nouveau musée sur un magnifique site à Bellerive – d’ailleurs toujours en friche. Ces sages avaient finalement recommandé de bâtir à la Riponne, et considéré que le faire sur le terrain à côté de la gare ne venait qu’en seconde position. Le Conseil d’État n’avait pas suivi cette recommandation. Cela provoqua quelques remous. L’exécutif préféra construire sur le secteur abritant l’ancienne halle des locomotives, disponible par un échange de terrains en cédant à l’ex-régie des surfaces à Malley. Cela impliquait de venir à bout de deux difficultés, la première relevant de la sécurité, la seconde du respect de l’histoire. Construire en bord de voies de chemin de fer où circulent aussi des trains transportant des produits dangereux nécessite un bâtiment capable d’encaisser les pires coups durs de ce côté-là, pour lui-même et surtout pour les œuvres qu’il renferme. Par ailleurs, bâtir ici sans mépriser le classement historique dont était l’objet l’ancienne halle des locomotives demandait un minimum de respect, ce qui fut fait à la retirette, puisque de l’idée initiale de conserver de manière visible la fameuse arcade de cette halle ne resta qu’une évocation dont on a hâte de découvrir l’apparence finale sur la façade sud.

Il importe aujourd’hui de savoir que le futur musée comportera presque trois fois plus d’espace d’exposition qu’au Palais de Rumine, dont 1250 m2 pour des expositions temporaires à la pointe de la technologie. Une grande salle d’exposition temporaire située au 2e étage s’étendra sur 600 m2, ce qui en fera une des plus grandes de Suisse. Elle bénéficiera d’une lumière zénithale diffusée par des structures alvéolées. Reste aujourd’hui un petit souci : l’accessibilité au site par les autocaristes. Si le futur MCB-A et avec lui l’ensemble de Plateforme 10 veulent pleinement jouer leurs atouts et concrétiser leur ambition d’accueillir des événements ou des œuvres de renommée mondiale, ils ne pourront en effet pas uniquement compter sur des visiteurs venant à Lausanne par le train, sous peine de rester à l’écart des grands circuits touristiques. C’est d’autant plus important que le nouveau MCB-A, tant par son contenant que son contenu, aura tout ce qu’il faut pour figurer parmi les plus attrayants. Et que l’ensemble de cette plateforme des arts n’en vaudra pas moins.

Initialement baptisé « Pôle muséal », le regroupement de ces institutions sur un même site est désormais désigné sous l’appellation de Plateforme 10. Cette signalétique ne fait pas l’unanimité, dans la mesure où elle ne dit pas grand-chose aux non-initiés de ce qu’elle est censée représenter. Pourquoi ce choix ? Les graphistes qui en ont eu l’idée répondent qu’ils se sont référés à la notion de quai de gare, qu’en fait le chiffre 10 apparaît traversé d’un trait oblique sur le logo, rappelant ainsi que ce site comportait jadis une plaque tournante ferroviaire.

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QUI PAIE QUOI

La réalisation du MCB-A est dotée d’un budget de 82,7 millions de francs. C’est nettement moins cher que d’autres grands musées récents en Suisse, sans comparaison en tout cas avec les quelque 200 millions que coûtera la nouvelle annexe du Kunsthaus de Zurich, lequel deviendra le plus grand musée d’art de Suisse. De ces 82,7 millions, le Canton en débourse 40, la Commune de Lausanne 20, le solde provenant de contributions privées. Le second bâtiment, qui abritera notamment le Musée de l’Elysée (musée cantonal de la photographie) qui pourra ainsi doubler sa surface d’exposition et le Mudac (Musée de design et d’arts appliqués contemporains) sera signé des architectes portugais Manuel et Francisco Aires Mateus.

Les deux frères, reconnus sur le plan international pour leur conception de bâtiments publics et culturels, ont remporté le concours avec leur projet « Un musée, deux musées ». La première pierre a été posée cet automne, pour une inauguration en 2021. Cette réalisation a été budgétée à 100 millions de francs. Là aussi selon un partenariat public et privé, avec 40 millions venant du Canton, 20 de la Ville et le restant du privé dont une partie reste encore à trouver. Gageons qu’une fois pleinement opérationnelle, Plateforme 10 deviendra rapidement un haut-lieu culturel de la région lausannoise, tant par ses expositions que par les événements qui y seront organisés. Cela en parfaite harmonie avec une gare de Lausanne agrandie et modernisée comme promis, mais cela, c’est une autre histoire…