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L’ÉQUILIBRE DU THÉÂTRE DU JORAT TIENT À UN FIL, MAIS IL EST SOLIDE

Habitués à jongler avec des recettes aléatoires en fonction du succès de la programmation, les responsables de « la Grange sublime » accusent le coup du gel par les pouvoirs publics d’un important projet de mise à niveau de son infrastructure.


Habitués à jongler avec des recettes aléatoires en fonction du succès de la programmation, les responsables de « la Grange sublime » accusent le coup du gel par les pouvoirs publics d’un important projet de mise à niveau de son infrastructure. Cela ne les empêche pas de rester sereins et de présenter une saison 2019 alléchante bien qu’allégée en raison de la tenue cette année de la Fête des Vignerons et de sa concurrence tant en ce qui concerne les spectateurs que les productions régionales.

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On ne présente plus le Théâtre du Jorat, cette institution de portée nationale, alias « la Grange sublime », qualificatif que lui donna en 1965 le Conseiller fédéral Hans Peter Tschudi. À Mézières, à 15 kilomètres de Lausanne, cette imposante bâtisse tout en bois, grange vue de l’extérieur, cathédrale à l’intérieur avec sa salle en plan incliné de 1000 places d’un seul tenant, a connu des hauts et des bas et bien des péripéties depuis sa naissance en 1908.

Classé monument historique de catégorie 1, ce « théâtre à la campagne », comme on aime aussi à le nommer, était jadis passé à deux doigts de la faillite avant que la Fondation Sandoz ne vole à son secours. Son directeur actuel, Michel Caspary, rappelle à l’occasion de la présentation de la saison 2019 que « son modèle économique ne tient qu’à un fil, ne serait-ce que parce que les résultats du chiffre d’affaires de la billetterie occupent une place prépondérante dans le budget gobal. Or quoi de plus aléatoire que la vente des billets malgré la richesse de la programmation ? » Collectivités publiques, mécènes, partenaires et sponsors permettent heureusement de joindre les deux bouts d’un budget oscillant selon les ans entre 2,5 et 3 millions de francs.

Ce lieu magique dont l’activité, concentrée d’avril à septembre, est à l’inverse de celle des autres théâtres, tient bon contre vents et marées. Ce sont 36 représentations qui ont été données en 2018 en ce lieu unique, en 22 productions et 5 créations, tout cela avec un taux de fréquentation moyen de 80 %. Il y en aura nettement moins en 2019, dont aucune au coeur de l’été pendant deux mois, en raison essentiellement de la concurrence prévisible de la tenue de la Fête des Vignerons.

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UN GROS SOUCI

Depuis novembre dernier, « la Grange sublime » a un souci de taille puisqu’il a provoqué la démission en bloc de six membres du bureau de son conseil de fondation. La raison en est le gel, sinon le rejet, par les pouvoirs publics d’un important projet de mise à niveau des installations, en dépit de deux ans de préparation. L’avenir immédiat de l’institution n’est certes pas en cause. C’est sa pérennité qui serait menacée sans la réalisation de ces travaux considérés comme indispensables et devisés à plusieurs millions de francs. La députée Monique Ryf (soc) a déposé à fin 2018 une interpellation demandant des explications au Conseil d’État sur les raisons de ce blocage inattendu. La question est sans lien avec le fait que la convention de soutien du Canton au Théâtre du Jorat (540 000 francs par an) doit être renouvelée en 2019.

L’avant-projet actuellement sans suite est d’importance. Malgré plusieurs interventions au fil des ans, les installations doivent en effet être adaptées aux besoins des mises en scène de notre temps. Et pour certains d’entre eux, ces travaux relèvent de la sécurité car ils doivent répondre à la mise en conformité avec les normes actuelles. L’idée développée avec la participation du conservateur cantonal des monuments et sites consistait à intervenir dans trois domaines : sur le bâtiment existant, sur la cage de scène et sur les annexes. S’agissant du bâtiment principal, une analyse réalisée en 2017 a montré l’existence de nombreuses fuites et les pluies torrentielles de juin 2018 ont même provoqué une arrivée d’eau jusque sous les gradins, avec le risque de pourriture que cela promet. Des interventions seraient par ailleurs nécessaires sur le chauffage, le sanitaire et le réseau électrique défaillant voire non conforme. Tout cela devrait être consolidé, si ce n’est remplacé. Quant à la cage de scène, elle devrait être non seulement démontée, restaurée, mais quasiment reconstruite afin de permettre d’accueillir des spectacles aux décors plus imposants et aux équipements techniques de notre époque.

Enfin, en 2012 déjà, il était envisagé de remplacer le bâtiment accolé à l’arrière-scène, extension datant des années quarante et cinquante, cela afin de disposer d’espaces mieux adaptés pour la technique et les artistes.

Cet avant-projet que l’on considérait comme abouti semble avoir été bloqué non pour des questions de coût, mais parce qu’il irait trop loin et modifierait le théâtre d’une manière inacceptable étant donné que ce bâtiment est classé. L’avenir dira s’il s’agit d’un refus global et définitif tant du Canton que de l’Office fédéral de la culture, ou si les interventions jugées indispensables seront bel et bien autorisées.

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THÉÂTRE, MUSIQUE, CHANSON, HUMOUR…

Théâtre, musique, danse, opéra, chanson, humour… Très éclectique, la programmation de la saison 2019 fait la part belle aux artistes vaudois et romands. D’avril à fin septembre, treize spectacles sont au menu, totalisant vingt et une représentations. Parmi les coups de coeur du directeur : une ouverture de saison avec une adaptation espiègle du Songe d’une nuit d’été de Shakespeare, intitulée Je suis invisible, dans une nouvelle mise en scène de Dan Jemmett. Ou encore Croix du Sud, d’après un texte d’Émile Gardaz, qui évoque le départ, en 1819, de quelque 2000 Suisses pour le Brésil, pour la plupart pour des raisons économiques. Cette création avait eu lieu en 1985 dans « la Grange sublime ». Il est possible de s’abonner et de bénéficier de réductions de 10 à 30 % dès cinq spectacles. Par ailleurs, la première de la nouvelle édition de la Route lyrique, initiée par l’Opéra de Lausanne, aura lieu une nouvelle fois au Théâtre du Jorat.