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SPORT: LE CIO À LAUSANNE PROFITE À L’ÉCONOMIE DE LA RÉGION

L’avènement de la Maison Olympique toute neuve au parc Bourget consacre la pérennité du lien entre le CIO et la capitale vaudoise qui abrite son siège depuis 1915.


L’avènement de la Maison Olympique toute neuve au parc Bourget consacre la pérennité du lien entre le CIO et la capitale vaudoise qui abrite son siège depuis 1915. Construit en lieu et place de l’édifice érigé en 1986, ce nouvel écrin est au centre d’une dynamique qui a fait de Lausanne au fil des ans la ville au monde qui abrite le plus grand nombre d’organisations liées au sport. En plus d’une aura internationale que la modestie de sa taille ne lui aurait jamais offerte, l’agglomération en récolte des retombées économiques enviées. Plus de 80 % des quelque 145 millions de francs qu’a coûté cette construction hors norme ont été dépensés dans des entreprises de la région.

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L’inauguration de la nouvelle Maison Olympique après quelque six ans de travaux coïncidait avec le 125e anniversaire de la naissance du CIO. Mais aussi avec une autre célébration, moins médiatisée : celle, il y a vingt-cinq ans, de l’octroi à Lausanne par l’institution du titre de Capitale Olympique, matérialisé depuis lors sur le fronton de la Gare CFF sous le signe des cinq anneaux de couleur. On relèvera pour la petite histoire que cela n’a pas suscité chez les élus de l’époque un sentiment de fierté débordante. On n’a en effet pas souvenir de démarches pour faire rebaptiser officiellement la commune en Lausanne-Capitale- Olympique dans l’horaire de chemins de fer…

L’élaboration de cette nouvelle Maison Olympique découlait du souhait du CIO de rassembler en un lieu unique ses quelque 500 collaborateurs disséminés jusqu’alors sur quatre sites à Lausanne, dont celui de Vidy déjà et la villa Mon-Repos. Il a été calculé que ce regroupement sur un seul site permettra d’optimiser les coûts à hauteur de 80 millions de francs en cinquantes ans. L’idée d’agrandir une nouvelle fois le bâtiment construit en 1986 a été abandonnée. Elle est apparue difficilement compatible avec une réalisation offrant les garanties de la durabilité souhaitée en termes de construction et d’exploitation. Il a donc été décidé de le démolir entièrement ainsi que son extension de 2008, n’en conservant pour vestige que l’arche emblématique le signalant depuis le bord du lac. Résolument différent tant dans sa conception que sa fonctionnalité, le nouveau bâtiment, d’un coût de 145 millions financés par des fonds privés, résulte d’un concours international d’architecture auquel ont pris part 114 architectes de tous les continents. Trois projets avaient été primés : « Unity House » par 3XN (Danemark), « Olympic Forum » par Farshid Moussavi Architecture (Angleterre) et « One People Under One Roof » par Xaveer De Geyter Architects (Belgique). C’est le concept proposé par le premier des trois qui a été retenu et développé et réalisé en consortium avec le cabinet d’architecture suisse IttenBrechbühl. Le résultat est un bâtiment unanimement considéré comme la plus belle réalisation d’architecture contemporaine de Lausanne.

Près de 95 % des matériaux de l’ancienne construction ont été réutilisés ou recyclés grâce à des solutions innovantes présentées par des étudiants en architecture dans le cadre d’une association avec l’EPFL. C’est ainsi que par exemple des tonnes de béton ont été concassées sur place et réutilisées pour les fondations. Au-delà d’une audace et d’une élégance architecturale peu communes dans la région, la Maison Olympique peut se targuer d’être l’un des bâtiments les plus durables au monde. Elle a obtenu trois des certificats de durabilité les plus exigeants. Elle a reçu un LEED Platinium avec le plus grand nombre de points (93) de tous les bâtiments neufs à ce jour selon le U.S. Green Building Council, l’organisme à l’origine de cette certification. Elle est par ailleurs le premier siège international et le deuxième bâtiment à l’échelle mondiale à décrocher le niveau le plus élevé du standard de construction durable suisse (SNBS). Enfin, elle a aussi obtenu le label Minergie-P®.

Le CIO souligne que « cette stratégie en matière de durabilité représente en outre un investissement dans l’économie et le développement de la région. En tout, 80 % des travaux de construction du bâtiment ont été réalisés par des entreprises de la région, ce qui a permis de renforcer les compétences au niveau local ». Fait rarissime : la mise à l’enquête n’avait soulevé aucune opposition, quand bien même la construction se situe dans le parc Louis-Bourget considéré comme une réserve ornithologique. Comme celle qu’elle remplace avantageusement, la nouvelle construction est connectée par un corridor au château de Vidy, monument classé par l’État de Vaud où le CIO s’était installé en 1968.

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UN MODÈLE DE DURABILITÉ

La masse imposante de la Maison Olympique est atténuée par son design épuré et la fluidité de ses courbes. Le bâtiment éclairé par un maximum de lumière naturelle est résolument futuriste. Il offre une surface au sol de 22 000 m2. Le visiteur est frappé d’entrée par l’escalier principal tournoyant construit en chêne clair dans un puits de lumière, colonne vertébrale de l’édifice. Inspiré des anneaux olympiques, il relie les différents étages depuis un hall principal décoré de plantes vertes et garni de canapés évoquant les gradins du stade d’Athènes. Les salles de la maison sont toutes baptisées de noms évoquant les Jeux Olympiques, et les salles de réunion portent des noms de villes qui les ont accueillis. Un restaurant d’entreprise de 250 places et une salle de gymnastique de 400 m2 en libre-service sont à la disposition du personnel.

Le bâtiment est quasi autonome s’agissant de sa consommation énergétique. Celle-ci est assumée par près de 1000 m2 de panneaux solaires sur le toit fournissant 200 000 kWh/an, tandis que les sanitaires sont alimentés par un réservoir récoltant l’eau de pluie. Enfin, c’est l’utilisation de l’eau du lac, pompée à une profondeur de 60 mètres où la température est constante à 5 degrés, qui permet de faire fonctionner la climatisation des locaux et le chauffage grâce à une pompe à chaleur.

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LAUSANNE COMME UN AIMANT

Le statut de Capitale Olympique conféré en juin 1994 par le CIO à la ville de Lausanne consacrait une longue cohabitation. L’institution avait installé son siège à Lausanne en 1915 déjà. Le baron de Coubertin avait choisi la capitale vaudoise pour sa tranquillité, mais aussi parce qu’elle représentait un havre de paix dans une Europe déchirée par la Première Guerre mondiale. Le CIO a occupé plusieurs bâtiments différents à Lausanne au fil du temps avant d’établir son quartier général au château de Vidy. C’est ainsi qu’il a posé ses valises notamment au Casino de Montbenon et à la villa Mon-Repos de 1922 à 1968. L’organisation a pris de l’ampleur à partir des années 80. Elle s’est trouvée littéralement transformée dans son fonctionnement lorsque les droits de télévision se sont mis à flamber. Cet essor est principalement dû au président Juan Antonio Samaranch, à la barre de 1980 à 2001. Il fut notamment le premier patron du CIO à adopter Lausanne comme ville de résidence, logeant dans une suite au Lausanne Palace. C’est grâce à lui que la ville a obtenu le titre envié de Capitale Olympique sans y avoir organisé des Jeux, et même après avoir refusé de se porter candidate lors d’une votation populaire historique en 1988. Une hérésie selon certains, qui sera d’une certaine manière un peu réparée en 2020 puisque la capitale vaudoise sera l’organisatrice des Jeux Olympiques d’hiver de la Jeunesse. La présence du CIO à Lausanne ait boule de neige. La ville est devenue le port d’attache de fédérations et organisations sportives toujours plus nombreuses.

Lausanne et sa région en abritent actuellement une quarantaine, représentant plus de 2000 postes de travail. Leur implantation a été facilitée par l’élaboration de conditions-cadres particulièrement favorables attribuées en collaboration avec le Canton et la Confédération. Ces conditions ont trait notamment aux autorisations de séjour et de travail en Suisse ainsi qu’à la fiscalité au niveau des impôts directs et de la TVA. Une récente étude mandatée par la Ville de Lausanne, le Canton de Vaud et le CIO, réalisée par l’Académie Internationale des Sciences et Techniques du Sport (AISTS), avait estimé à 1 milliard de francs par an les retombées directes et indirectes de la présence de tous ces acteurs sur sol helvétique, dont 550 millions pour le Canton et 250 millions dans la région lausannoise. L’impact dans le secteur de la construction est considérable. Selon l’étude de l’AISTS, les organisations sportives internationales ont dépensé dans la région pour 206 millions de francs en travaux entre 2008 et 2013.