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LA GÉOTHERMIE PROFONDE PRÊTE À SORTIR DE TERRE

L’utilisation des eaux chaudes souterraines profondes du plateau vaudois représente à terme un potentiel de 350 GWh/an d’énergie propre.


L’utilisation des eaux chaudes souterraines profondes du plateau vaudois représente à terme un potentiel de 350 GWh/an d’énergie propre. Sans doute davantage sur l’ensemble du territoire du canton. D’ici à 2050, une vingtaine de centrales pourraient ainsi alimenter l’équivalent de quelque 20 000 ménages. Les projets de forage se multiplient avec l’appui du Canton et de la Confédération. Deux d’entre eux, tablant sur un puits à plus de 2000 mètres de profondeur, ont franchi le cap de la mise à l’enquête : AGEPP à Lavey et EnergeÔ à Vinzel. Ils sont les premiers en Suisse à avoir obtenu une contribution de la Confédération. L’un est destiné à l’utilisation de l’eau chaude pour le chauffage à distance d’un écoquartier, et celui qui sortira de terre dans le Chablais fournira aussi de l’électricité pour un millier de ménages.

L’important potentiel géothermique du sous-sol vaudois contribuera de manière sensible à atteindre l’objectif énergétique fixé par le Canton, à savoir la couverture de 35 % des besoins d’ici à 2035, puis 50 % en 2050. D’importantes contributions de la collectivité y seront consacrées. La Suisse est championne de l’utilisation de la géothermie à faible profondeur. Nulle part ailleurs on ne dénombre autant d’installations de sondes, champs de sondes ou pieux énergétiques par kilomètre carré de territoire. La géothermie profonde, c’est une autre chanson.

FEU VERT

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Le projet à Lavey a été le premier à obtenir, en mai dernier, le feu vert du Département cantonal du territoire et de l’environnement (DTE). Novateur et unique en Suisse, il est conduit par la société AGEPP SA (Alpine Geothermal Power Production). Présidée par le Municipal lausannois Jean-Yves Pidoux, directeur des Services industriels, cette société s’articule sur un partenariat public-privé constitué par Siren SA (les énergies renouvelables de Lausanne), Holdigaz SA, EOS Holding SA, Romande Énergie Holding SA, Chaleur des Eaux Souterraines de Lavey SA (CESLA), les Communes de Lavey-Morcles et de Saint-Maurice, ainsi que la Confédération et le Canton de Vaud.

Le second projet dans les starting-blocks, à La Côte, celui de EnergeÔ, regroupe la Société Électrique des Forces de l’Aubonne SA (SEFA), la Société Électrique Intercommunale de La Côte (SEIC), les Services Industriels de la Ville de Nyon ainsi que Romande Énergie SA. À noter que ce développement est rendu possible et encouragé par l’entrée en vigueur le 1er avril 2019 de la Loi cantonale sur les ressources naturelles du sous-sol (LNRSS). Ce texte comporte en effet plusieurs mesures favorisant la géothermie profonde. Il prévoit notamment que l’exploitation de la ressource est libre de redevance afin de favoriser le lancement de projets. La loi instaure également un principe d’exclusivité territoriale apportant des garanties pour les investisseurs et les porteurs de projets. Par ailleurs, il est désormais acquis que la société profitera bel et bien de la RPC (rétribution à prix coûtant). Ce bonus fédéral est destiné à récompenser la production d’énergies renouvelables. À défaut du caractère lucratif du projet, son équilibre financier, voire sa rentabilité, devrait donc être assuré.

DE L’EAU À 110 DEGRÉS

Le site retenu par l’AGEPP se situe à 500 mètres des Bains de Lavey où se trouvent les sources les plus chaudes de Suisse. Les travaux commenceront l’an prochain, soit un peu plus tard que prévu, afin de développer au mieux des synergies avec le projet de Vinzel qui démarre. Le chantier occupera une douzaine d’entreprises. Cela débutera par l’installation d’une plateforme. Le forage débutera en 2021, avec du matériel et des spécialistes qu’on ne trouve pas en Suisse. Ce percement, maintenu par une tour haute de 30 mètres flanquée d’un bassin de rétention, devrait durer six mois. L’objectif consiste à pomper, à une profondeur estimée à près de 3000 mètres, une eau dont la température atteindra 110 degrés à la sortie du forage et à la faire jaillir avec un débit de 40 litres par seconde.

Les craintes résultant des échecs à Bâle et à Saint-Gall, qui alertèrent la population en 2015, sont considérées comme infondées. Pas de risque ici, assure-t-on, de provoquer un tremblement de terre. D’abord parce que le forage est nettement moins profond, ensuite parce que l’environnement géologique est très différent. Il ne sera par exemple pas nécessaire à Lavey de procéder à une fracturation hydraulique pour accéder à la précieuse ressource naturelle. Ce qui n’empêchera pas la mise en place d’une étroite surveillance. Dans le Chablais, il s’agit en effet de pomper de l’eau dans une roche naturellement fissurée. Et une acidification pourra être entreprise pour améliorer la perméabilité si cela s’avère nécessaire. La mise en exploitation de cette centrale est prévue courant 2022. Son coût est estimé pour l’heure à 27 millions de francs. Cette eau très chaude servira à alimenter les Bains de Lavey (15,5 GW/h thermiques) et à produire depuis un réservoir hydrothermal de l’électricité correspondant à la consommation de 700 à 1000 ménages (4,2 GW/h brut).