LA VILLE CHANGE LA DONNE POUR VOITURES, VÉLOS ET PIÉTONS

Au-delà de ses déclarations d’intention de serrer encore la vis à la mobilité motorisée individuelle, la Ville a modifié la donne pour tous les usagers.


Au-delà de ses déclarations d’intention de serrer encore la vis à la mobilité motorisée individuelle, la Ville a modifié la donne pour tous les usagers. Elle a déjà supprimé neuf de ses 98 installations de feux de circulation et plusieurs dizaines d’autres vont disparaître. Par ailleurs, jadis considérée comme dangereuse, la mise en clignotant de nuit de certains carrefours est désormais effective. D’un autre côté, la Commune entreprend la reprogrammation de feux protégeant les passages piétonniers aux endroits sensibles en diminuant d’une part le temps d’attente sur le trottoir et en allongeant d’autre part la durée des phases verte et jaune. Cette nouvelle donne se complique par la mise en oeuvre de la possibilité offerte aux cyclistes de tourner à droite malgré un feu au rouge pour les véhicules.

On peut vivre sans feux rouges », titrait un article paru dans 24 heures il y a quelques années déjà. Tel était le constat à la suite d’une panne générale d’électricité ayant provoqué la mise hors service de plusieurs installations de signalisation lumineuse lausannoises pendant une bonne heure en pleine journée, dont celle du carrefour entre les avenues d’Ouchy et de la Gare, lequel n’est pas des moindres. Sans agent pour régler la situation. Non seulement aucun accident, incident ou encombrement ne s’y était produit, mais le trafic s’était écoulé avec davantage de fluidité. La police remarquait à cette occasion que, d’une manière générale, la mise hors service des installations lumineuses engendre une sorte d’autodiscipline, que les piétons sont moins revendicatifs de leur priorité sur les passages protégés. Plus récemment, place de l’Ours, carrefour considéré comme délicat, le passage des feux à l’orange clignotant durant une période de travaux n’avait pas entraîné de détérioration de la situation. Plus encore, plusieurs études, dont une à Philadelphie (USA), montrent que le retrait des feux tricolores à certains carrefours fait baisser le nombre d’accidents car les usagers font davantage attention.

UNE TENDANCE GÉNÉRALE

C’est à la lumière d’exemples comme ceux-là, et aussi de la tendance à freiner en Suisse la prolifération de la signalisation routière jugée contre-productive à force de se multiplier, que la Ville de Lausanne a développé une méthodologie afin de supprimer purement et simplement un certain nombre d’installations lumineuses, là où elles apparaissent superflues, voire nuisibles à la fluidité du trafic. Afin de se démarquer du certain empirisme qui a pu régner à une époque, la Ville a donc mandaté un bureau spécialisé dans le domaine du trafic pour réaliser un audit technique destiné à optimiser et actualiser les stratégies de régulations en place. Elle ne cache pas que certaines installations avaient peut-être été mises en oeuvre un peu par principe, sans qu’on se pose trop de questions quant à leur nécessité. Il en avait été ainsi de celles installées aux deux extrémités de la place de la Gare, pour protéger les passages piétons. Elles finirent par être retirées en raison de l’allongement des files d’attente qui en résultait.

S’il est hors de question – pour l’instant – de démonter l’installation lumineuse du carrefour avenue d’Ouchy/avenue de la Gare citée plus haut, plusieurs feux lumineux ont d’ores et déjà disparu, alors qu’on les considérait indispensables lors de leur mise en service. C’est le cas pour les intersections réaménagées de Ruchonnet / Savoie, Mon-Repos / Avant-Poste et aux passages pour piétons Prilly / Dumur, Montoie / Collège, Belle-Fontaine / Toises et Plaines-du-Loup / Vélodrome.
En ce début d’année 2021, ce sont neuf installations qui ont été démantelées sur les 98 que comptait la ville de Lausanne à fin 2020. Selon le planning retenu, « il ressort des conclusions de l’analyse que plus d’une vingtaine d’installations lumineuses pourraient être supprimées d’ici à 2023 ». Il devrait finalement en subsister plus d’une trentaine, considérées comme indispensables pour des raisons de sécurité à des intersections complexes. Pas question non plus de démonter celles dont la durée variable des phases lumineuses participe à la politique d’accessibilité de la ville au trafic motorisé et à la priorisation des transports publics. Ce programme se complète par la poursuite de la mise en clignotant de nuit de plusieurs installations, de 22 heures à 6 heures. Une vingtaine d’entre elles fonctionnent de la sorte depuis juin 2020. Cette mesure jadis considérée à Lausanne comme inappropriée en matière de sécurité routière est maintenant justifiée par l’amélioration des conditions de visibilité résultant de l’abaissement de la vitesse à 30 km/h dans de plus en plus de quartiers. Elle participe aussi à la tranquillisation des secteurs concernés en supprimant les redémarrages nocturnes


PLUS DE TEMPS AUX PIÉTONS

Lausanne a multiplié pendant plusieurs années le nombre de ses passages pour piétons, puis a fait une relative marche arrière contrainte, en application des directives liées aux zone 30 qui ne les autorisent qu’aux endroits critiques (proximité d’école, d’EMS ou autre). Les traversées piétonnes qui subsistent se trouvent donc de plus en plus sur des axes structurant le réseau routier urbain et périurbain. Ce préambule pour mettre en évidence le fait que de la fréquence d’utilisation de ces passages dépend la fluidité du trafic motorisé, et réciproquement. C’est donc à la lumière de cette interdépendance qu’on peut considérer la nouvelle manière de gérer les passages régulés par des feux de signalisation que la Ville a commencé de mettre en œuvre.

Selon la bonne pratique, la durée de la phase verte doit permettre aux piétons de rejoindre, à faible allure, plus de la moitié de la chaussée au minimum, et celle de la phase jaune durer le temps qu’ils atteignent l’autre moitié en sécurité. Des normes régissent cela et Lausanne les respecte plus que largement. La Commune a toutefois décidé de suivre l’avis d’experts techniques qui préconisent de prolonger le temps de traversée aux endroits dits sensibles en augmentant la durée de la phase jaune. Un aménagement qui s’accompagne d’une limitation à 30 secondes au maximum de l’attente avant la phase verte, avec quelques exceptions jusqu’à 80 secondes dans les carrefours complexes à gérer.

D’après le Highway Capacity Manual (HCM), un ouvrage américain utilisé dans de nombreux pays pour les études de capacité d’infrastructures de transport routier, au-delà d’un temps d’attente de 30 secondes, les piétons tendent à prendre des risques pour traverser au rouge, sauf en cas d’un important conflit avec le trafic, ce risque étant élevé au-delà de 40 secondes et très élevé à partir de 60 secondes. Une trentaine d’installations ont déjà fait l’objet de cette intervention l’an passé et une trentaine de restantes seront traitées cette année. Le stade suivant et attendu sera probablement celui de la mise en place d’affichage d’un compte à rebours indiquant aux piétons le nombre de secondes d’attente puis de passage, tel qu’on le trouve dans de nombreuses grandes villes.

 

LES VÉLOS PASSENT AU ROUGE

Ne nous voilons pas la face, nombreux sont ceux qui le faisaient déjà à leurs risques et périls. Or depuis janvier, les cyclistes qui tournent à droite aux feux quand même le signal est au rouge ne sont plus hors la loi. L’Ordonnance fédérale sur la signalisation routière intègre depuis cette année une « autorisation d’obliquer à droite pour les cyclistes » moyennant la pause d’une plaque complémentaire sur l’installation lumineuse concernée.

Le BPA n’était pas très chaud à cette idée, observant que cela peut générer de nouvelles situations dangereuses, notamment si une traversée piétonne est au vert sur la branche de droite immédiatement après les feux. Aussi les villes l’appliquent-elles avec une certaine parcimonie.

Un peu plus de la moitié des quelque 180 carrefours lausannois présentant un embranchement à droite se prêtent à cette possibilité. D’autres nécessitent un marquage au sol adéquat sous la forme d’un sas à vélo devant la ligne d’arrêt pour les autres véhicules. Dans toutes les autres situations, rappelons qu’un cycliste qui grille un feu rouge est passible d’une amende d’ordre de CHF 60.–, quand bien même le nombre d’infractions à cette disposition est devenu inversement proportionnel à celui des constats en ville de Lausanne.