LE POIDS DES TAXES DE SOUTIEN AU RAYONNEMENT DE LA VILLE

Lausanne est l’une des rares grandes villes de Suisse à maintenir une taxe communale sur les divertissements, qui est actuellement de 14%, grevant d’autant le prix des billets

Les empoignades sur la taxe lausannoise sur les divertissements et celles sur l’augmentation de la taxe de séjour se sont calmées. Il demeure que ces deux contributions imposées sont considérées comme essentielles : la première au soutien du maintien de la qualité de l’offre culturelle et de loisirs, l’évolution de la seconde au développement des infrastructures d’accueil. Mais elles pèsent leur poids. La Capitale Olympique est l’une des rares grandes villes de Suisse à maintenir une taxe communale sur les divertissements, qui est actuellement de 14%. Lausanne rejoindra par ailleurs, à partir du 1er janvier 2024, le club restreint des communes imposant les taxes de séjours les plus élevées du pays, avec une perception quotidienne allant jusqu’à 7 francs, et une augmentation frôlant les 100% selon les catégories d’hébergement.

Les divertissements, dans l’acceptation la plus large du terme, sont soumis à Lausanne, selon la définition de l’arrêté d’imposition de la commune, à un impôt perçu « sur la totalité des éléments constitutifs d’une finance d’entrée, d’une inscription, ou de ce qui en tient lieu, exigée obligatoirement du spectateur ou du participant pour lui permettre d’accéder au divertissement ». Cela depuis la nuit des temps. Ou presque.

Cette taxe, qui est de 14%, a rapporté près de 6 millions de francs à la Ville en 2023, les cinémas en constituant traditionnellement la plus grande part. Elle est justifiée essentiellement pour alléger les quelque 50 millions de francs de subventions que Lausanne alloue bon an mal ans aux organisations culturelles, aux actrices et acteurs culturels professionnels œuvrant sur son territoire. Au- delà du pur aspect financier, ce prélèvement a aussi une fonction politique, dans le sens où il a pour rôle de faire payer une partie de la facture culturelle aux non lausannois·e·s qui bénéficie de la riche offre de la ville-centre.

La taxe lausannoise sur les divertissements, héritage de ce que l’on appelait jadis «droit des pauvres », se maintient à Lausanne à contre-courant d’une tendance générale à supprimer ce genre de redevance. La capitale vaudoise serait la seule grande ville de Suisse à maintenir cette pratique, dont le bien-fondé a fait rage il y a quelques années. Il a fallu une votation populaire en 2010 pour l’ancrer solidement, lorsque 66,09% des votants ont rejeté une initiative demandant sa suppression.

La taxe sur les divertissements est perçue sur pratiquement tout ce qui fait l’attractivité de Lausanne en matière de divertissements : cinémas, concerts, musées, expositions, représentations théâtrales ou chorégraphiques, soirées, bals, kermesses, manifestations sportives, jeux payants et activités ludiques diverses, tels que, notamment, matchs aux cartes, jeux informatiques en réseaux, etc. Elle est considérée comme nuisible à l’image de la Ville en faisant grimper le prix des billets au point de décourager la venue de certaines manifestations d’envergure. Zingaro et le Cirque du Soleil auraient ainsi boudé Lausanne pour cette raison il y a quelques années. Plus près de nous, c’est Aquatis, à la santé financière fragile, qui espère bénéficier d’une ristourne sur cette taxe.

Afin de ne pas trop plomber la situation, la Ville a dressé une longue liste de manifestations non soumises à cette taxe. Ainsi en est-il, par exemple, d’évènements dont le prix d’entrée le plus élevé ne dépasse pas 50 francs, tels que spectacles de théâtre, danse ou musique, destinés au public de moins de 16 ans, ou qui sont organisés par les élèves, les sociétés d’étudiants ou les groupes de scouts, ou encore des rencontres organisées par les clubs sportifs de Lausanne à domicile.

 

OÙ VA LA TAXE DE SÉJOUR?

Au 1er janvier 2024 entrera en force la nouvelle tarification de la taxe de séjour perçue par neuf communes de la région lausannoise, la capitale vaudoise en constituant évidemment le centre de gravité. Tout était en place pour introduire les nouveaux tarifs en 2021 déjà, mais le marasme économique et touristique engendré par la pandémie a intelligemment conduit à surseoir de trois ans à la mise en œuvre d’un renchérissement atteignant plus de 90% pour les hôtes des établissements les plus simples.

Les nouveaux tarifs, selon les catégories d’hébergement: cinq étoiles, 7 francs au lieu 4,20 francs; quatre étoiles supérieur, 6,50 francs au lieu de 3,80 francs; quatre étoiles, 6 francs au lieu de 3,50 francs; deux-trois étoiles, 5,50 francs au lieu de 3,10 francs; une étoile, 5 francs au lieu de 2,60 francs; Airbnb et assimilés, 3 francs.

Ces nouveaux montants qui, dans ce domaine, font de Lausanne l’un des lieux les plus chers de Suisse, ont bien suscité un vif débat auprès des hôteliers. Certains considèrent que ces augmentations ont été décidées avant la pandémie, et que depuis, le profil des touristes a changé, notamment par une diminution du tourisme d’affaires aux moyens financiers élevés. Stefano Brunetti, président d’Hôtellerie Lausanne et directeur de l’Hôtel de la Paix, défend un point de vue différent: «Tout le monde profite de la taxe de séjour. Il faut voir à long terme. Cet argent doit servir à financer des événements sportifs et culturels pour attirer les visiteurs.»

Les projections évaluent l’apport des nouvelles taxes à près de 9 millions de francs. Une somme affectée à cinq organismes. Par ordre de grandeur des sommes allouées:

– 3,84 millions de francs au FERL (Fonds pour l’équipement touristique de la région lausannoise géré par la Ville de Lausanne), pour le financement de congrès et grandes manifestations à fort impact touristique. Cette part fait l’objet d’un décompte séparé et d’une présentation spécifique dans le rapport annuel du FERL notamment.
– 2,6 millions de francs à Lausanne Tourisme.
– 1,5 million de francs (par Lausanne seulement) au financement des infrastructures, de frais de fonctionnement ou d’études liés au complexe de congrès de Beaulieu.
– 600’000 francs à des sociétés locales.
– 400’000 francs au STCC (Swiss Tech Convention Center de l’EPFL) sur la taxe récoltée dans les communes de l’Ouest lausannois