SECTEUR DE LA GARE CFF: À REMANIER DE FOND EN COMBLE

UNE VILLE EN MUTATION
Le quartier Rasude est destiné à une profonde évolution tout en conservant le bâtiment Horizon, ancien site administratif et logistique de la Poste depuis 1960 à la signature architecturale caractéristique de ces années-là.

Le démarrage des grands travaux sur le site de la gare de Lausanne est gelé pour les raisons que l’on sait. Cela n’empêche pas l’avancement de projets de transformation urbaine allant du secteur sous-gare à celui de la Rasude. Du moins dans les grandes lignes. La Ville a précisé en novembre dernier ses intentions particulièrement ambitieuses pour le réaménagement des espaces publics à l’intérieur du Pôle Gare, soit à l’intérieur d’un périmètre d’environ cinq kilomètres, délimité par le passage des Saugettes, l’avenue d’Ouchy, le boulevard de Grancy , l’avenue William-Fraisse et le chemin des Epinettes. Côté est, sept ans après la présentation d’une première mouture, c’est le quartier de la Rasude qui s’apprête à une profonde métamorphose, avec pour vocation la création d’un centre d’affaires dont Lausanne a grand besoin.

Il faudra probablement patienter jusqu’en… 2040 pour bénéficier d’une gare de Lausanne agrandie et modernisée, adaptée aux réalités de notre époque, connectée aux métro m2 et futur m3. Toutefois, selon le calendrier communiqué par les CFF au printemps dernier, les travaux préliminaires du sous-sol de la place de la Gare devraient avoir lieu ce printemps, et ceux d’ancrage au sud de la gare en juillet. Les choses devraient donc commencer enfin à bouger, pas seulement sur le site de la gare proprement dit, mais pour l’ensemble du vaste quartier dont il est le centre.

Ne pas rater le PALM… Depuis 2014, la Ville de Lausanne a déjà consacré successivement deux crédits d’étude de 1,7 million et 1,5 million de francs pour sa vision du développement du Pôle Gare, vaste entreprise urbanistique destinée à « accompagner les évolutions induites par les CFF ». Puis en 2019, ce sont 22,4 millions de francs qui ont été soumis au conseil communal, au titre de la part communale à l’aménagement de future place de la gare. Et en novembre dernier, la Municipalité demandait un nouveau crédit de 2,3 millions pour les études de projets d’aménagement des espaces publics sous gare pour en faire une portion de ville « apaisée » et répondant aux exigences du Plan Climat, comprenant les interventions sur la végétalisation, la mobilité, les réseaux d’eau et d’électricité, de chauffage à distance et d’éclairage public.

Il n’y a pas vraiment urgence sur le terrain, mais presque, car l’objectif est d’obtenir des autorisations de construire entrant en force avant la fin 2027, afin de bénéficier de la participation fédérale de la Confédération dans le cadre du projet d’agglomération Lausanne-Morges (PALM de 2e génération).

 

 

Le Pôle Gare, espace délimité par un périmètre d’environ cinq kilomètres, au centre d’une vaste opération urbanistique de redistribution des espaces publics.

Vaste ambition
Les interventions envisagées dénotent une grande ambition. Elles se situent dans l’esprit du projet lauréat d’un concours qui remonte à juillet 2018. Dans les grandes lignes de cette entreprise urbanistique articulée autour du boulevard de Grancy, il s’agit de préserver dans le quartier le tissu commercial spécifique, dont des magasins indépendants et des restaurants à l’identité très marquée, de favoriser la mobilité active notamment en augmentant le nombre de places de stationnement pour vélos sur une voirie où le nombre de cases pour voitures serait fortement réduit.

Ce renouveau urbain se traduira notamment par la piétonnisation d’une partie du boulevard. Le trafic individuel motorisé sera restreint à deux boucles limitées à 30 km/h, à l’est dans le secteur de la Coop, à l’ouest depuis Montriond, avec des possibilités de stationnement réservées aux taxis, aux personnes à mobilité réduite et à la dépose minute. Le quartier comportera deux places publiques, celle des Saugettes juste sous la gare, et en-dessous, une nouvelle, sur le boulevard de Grancy.

Valoriser la Rasude
Sur son flanc est, le secteur de la gare CFF remonte l’avenue jusqu’au haut de l’avenue d’Ouchy. C’est ici, idéalement située à proximité de la gare, que doit être construite l’une des pièces urbaines majeures du Pôle Gare au sens large du terme. L’idée ne date pas d’hier. Une première mouture avait été présentée il y a sept ans, puis avait dû être redimensionnée. L’an passé, la Ville et la Société de valorisation Rasude (SV Rasude), maître d’ouvrage représentant les deux propriétaires fonciers que sont Mobimo Management SA et CFF Immobilier, ont présenté les grandes lignes ce vaste projet.

Ce concept va littéralement transformer un quartier essentiellement dédié actuellement à des activités administratives et de logistique. Il s’articule en la construction de trois bâtiments de respectivement 15, 12 et 8 étages, représentant 73 000 m2 de surface de plancher, dont 70 % dévolus à des bureaux, 20 % à du logement – proportion obligatoirement bridée en application de normes de sécurité découlant de la proximité des voies de chemin de fer –, et 10 % à des commerces ou à des loisirs. Bien qu’essentiellement piétonnier, le secteur sera doté d’un parking souterrain de 260 places, dont 70 publiques, situé dans l’ancien centre de tri de la Poste, et connecté au sous-sol de la place de la Gare. Certains bâtiments situés en aval sur l’avenue de la Gare seront rénovés, tout comme le sera, en haut de l’avenue d’Ouchy, l’imposant complexe « Horizon », ancien immeuble postal à l’architecture caractéristique des années soixante. Le plus élevé des trois immeubles projetés ne dépassera donc pas quinze étages, contre dix-neuf dans le projet initial. Les débats au Conseil communal pour la validation du plan d’affectation ne s’annoncent pas moins tendus. La Gauche radicale est montée au créneau début février pour réclamer et obtenir l’installation de ballons flottant afin de montrer l’impact visuel des futures bâtisses. De quoi raviver le fantôme de la tour Taoua – 27 étages dans le quartier de Beaulieu –, refusée par 51,9 % de non lors d’une votation lausannoise organisée en 2014.

A la Rasude, la raison devrait cependant l’emporter, car la situation et le contexte sont ici clairement différents. Non seulement la hauteur des futurs immeubles a été revue à la baisse – altitude désormais inférieure à celle de la tour Edipresse pour le plus élevé des trois –, mais aussi ce projet s’inscrit parfaitement dans l’esprit de la nouvelle LAT (loi fédérale sur l’aménagement du territoire) favorisant la densification urbaine et plébiscitée par 70,74 % des votants lausannois en mars 2012. De plus, la commune de Lausanne a grand besoin d’un quartier d’affaires pour améliorer ses ressources fiscales, et la proximité de la gare CFF en est un endroit privilégié. Avec une vocation de centre d’affaires, ce vaste complexe immobilier aura un potentiel de 1100 postes de travail et devrait ainsi contribuer à améliorer une situation peu brillante à Lausanne en termes d’emplois par habitant.

Plus encore : au-delà de nouveaux immeubles et de la rénovation de bâtisses existantes, il s’agit de donner un nouveau visage à tout un quartier. D’abord en préservant de nombreux espaces libres de toute construction sans pour autant en faire des déserts de ciment, cela grâce une végétalisation généreuse. Ensuite et surtout, en réhabilitant l’avenue de la Rasude, voie d’accès depuis l’ouest, fermée au public depuis une soixantaine d’années. Celle-ci sera piétonne, se voudra conviviale, ponctuée de terrasses et places publiques de qualité, ouvertes à toutes et à tous.

Le calendrier de cette importante réalisation est évidemment encore assez flou. Il dépend notamment des éventuelles oppositions lors des mises à l’enquête. La fin des travaux de ce projet dont le coût estimé à 400 millions de francs, avec un concours d’architecture prévu l’an prochain, est espérée pour le début des années 2030.